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2010 is back — l'époque ou trop, c’était juste assez

L’excès, le swag et l’esthétique frontale reviennent occuper l’espace. Plus qu’un revival, c’est un rappel à l’ordre intime et collectif : celui de ce qu’on voulait être avant d’apprendre à se contenir.

Les années 2010 reviennent. Pas comme une tendance aléatoire, mais comme un signal. Après des années de minimalisme imposé, de neutralité esthétique et de silhouettes lissées, l’excès réapparaît comme une nécessité. Crâne rasé sur le côté, cuir, flash frontal, filtres saturés, logos visibles. Ce n’est pas du hasard. C’est un ras le bol collectif.

Ce retour accompagne un basculement générationnel clair. Les adultes d’aujourd’hui sont ceux qui, enfants, ont grandi en regardant cette esthétique sans pouvoir l’adopter. Trop jeunes pour décider, trop jeunes pour s’affirmer. À huit ans, personne ne rêvait d’être une clean girl. On voulait être visible, impressionnant, excessif. On voulait ressembler aux grandes.

Les années 2010 ne proposaient pas un idéal de perfection, mais un espace de projection. Le “trop” comme norme. Le style comme affirmation. Le chic n’était pas une priorité, l’attitude oui. 2010, c’était une mode émotionnelle, spontanée, parfois bancale, mais profondément incarnée.

Impossible de dissocier cette décennie de ses références populaires. Rihanna et le half-shave. Les débuts de la téléréalité comme fabrique d’icônes. Nabilla, les Louboutin, le fluo, les créoles XXL. Des figures issues de classes sociales méprisées, moquées, mais centrales dans la construction des tendances. Une mode née en bas, jamais validée par le haut, et pourtant massivement imitée.

À Paris, Châtelet s’imposait comme un point central d’affirmation pour les jeunesses noires. Une scène à ciel ouvert. Une esthétique cyber-pop avant l’heure. Créoles brillantes, rouge à lèvres rose, bandanas noués, t-shirts à logo, leggings, sacs voyants. Des silhouettes lisibles, assumées, impossibles à ignorer. C’est là que la mode se construisait. Dans la rue. Pas dans les moodboards.

Les réseaux sociaux n’avaient pas encore tout verrouillé. On était pas inondés d’images. On s’inspirait de ce qu’on avait pu voir. Retrica, les filtres trop jaunes, le vernis craquelé, les bagues moustache, le fluo partout et le flash frontal sur nos Black Berry — jusqu’au marqueur qu’on se peignait dans les cheveux au collège. Une esthétique imparfaite, mais libre. Une mode vécue avant d’être théorisée.

Le retour des années 2010 agit aujourd’hui comme un déclencheur sentimental. Il reconnecte à l’enfant intérieur. À celui qui voulait briller, choquer un peu, exister fort. Cette tendance nous rappelle ce qu’on voulait être à la source, avant d’apprendre à se fondre dans des esthétiques acceptables.

Bras d’honneur discret mais concret à des années de minimalisme abusé. Une réponse à la retenue permanente, au “moins c’est mieux”, à la peur d’en faire trop. 2010, c’est vivre plus fort pour vivre mieux. Assumer l’excès comme forme de sincérité. Et que la beauté réside surtout dans l’imparfait.

L’occasion de faire de l’enfant que tu étais ton inspiration première — de ressortir ton t-shirt Baby Milo, d’aller t’acheter du jaune craquelé, et de poster ta photo du jour sur Instagram — et n’oublie pas Retrica.