Messy girl aesthetic : émancipation, ou nouvelle injonction genrée ?
À première vue, la tendance de la messy girl aesthetic célèbre le désordre assumé : cheveux en pagaille, make-up dégoulinant et tenue décontractée. Une ode au lâcher-prise et à la désinvolture féminine, un espace, où semblerait-on pouvoir échapper à la pression de la perfection.
Pourtant, derrière cette rébellion douce se cache parfois une réalité bien plus amère — loin d’être un simple cri de liberté, le messy girl aesthetic impose (encore) un chaos codifié et socialement acceptable. Souvent mince, blanche, et esthétiquement plaisant, ce désordre devient une nouvelle norme à performer. La négligence assumée se transforme en règle invisible : il ne s’agit pas d’être libre, mais d’être négligemment parfaite. Du coup, il n’y a plus de place pour le hasard : tu domptes toi-même tes cheveux pour que le désordre paraisse voulu, tu contrôles le mascara qui coule sous ton œil pour qu’il ne ruine pas ton visage. Et tu observes ta propre chute pour t’assurer qu’elle reste encore séduisante. Et ça, ce n’est pas très sain.
Pour celles qui ne correspondent pas aux standards dominants— morphologie, carnation, âge — c’est toujours la même galère, adopter ce style est difficile, voire excluant. Ironiquement, ce qui se veut libérateur peut renforcer les normes esthétiques et marginaliser encore davantage les corps et visages qui eux — ne sont jamais autorisés à paraître négligés.
Au-delà de l’apparence, le messy girl aesthetic interroge la charge émotionnelle et sociale des femmes. La désinvolture y devient marqueur de modernité, mais consommable et instagrammable. L’émancipation se vend comme un produit, et le lâcher-prise se transforme en performance.
En définitive, cette tendance flirt certes, avec la liberté, mais tout aussi dangereusement avec la contrainte. Rappelant que derrière l’illusion de rébellion, des codes invisibles continuent malgré nous — de réguler nos corps et nos comportements.
*** Si la messy girl n'est pas bénéfique pour tout le monde, il en existe qui excellent en matière et on les adoooooores ***
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